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Polynésie française : The Brando, « éco-hôtel » pour millionnaires « naufragés »

Pour être totalement crédible, le développement « soutenable » a-t-il vraiment besoin de villes « durables » en plein désert ou de nouvelles structures hôtelières, fussent-elles « vertes », sur les quelques sites encore peu ou prou préservés de notre empreinte touristique ? C’est la question que pose un nouveau complexe devant ouvrir en 2013 : The Brando, en Polynésie française. La réponse est dans la question.

Il devrait ouvrir en 2013. Il est annoncé comme un modèle du genre en terme d’écologie et de développement durable, notamment en ce qui concerne l’autonomie énergétique. Panneaux solaires, carburant à partir d’huile de coprah, air conditionné par eau de mer (ou Swac comme Sea air water conditioning), certification LEED version platine (Leadership in Energy and Environmental Design)... Une certification américaine et internationale qui, outre l’énergie, concerne l’efficacité de la consommation d’eau, l’efficacité du chauffage, l’utilisation de matériaux de provenance locale, la réutilisation des surplus. Et qui compte 4 niveaux : certifié, argent, or et platine.

En souvenir des Révoltés du Bounty…

Cet hôtel que d’aucuns qualifient de « pilote » et qui a même l’ambition d’avoir une « empreinte carbone neutre » et d’être un « laboratoire » pour les énergies renouvelables, prend pied sur le territoire français, à Tetiaroa. Cela ne vous dit rien ? Si on vous dit Polynésie française, Marlon Brando, ça vous parle sans doute plus, non ? Oui, ce palace « vert » d’un genre nouveau se construit sur le célèbre atoll de Marlon Brando, situé à quelques encablures de Tahiti, l’atoll aux 13 motu (ilôts), le lagon aux poissons multicolores. L’acteur américain est tombé amoureux de ce site à la suite du tournage des Révoltés du Bounty en 1960. Et il l’a ensuite acheté pour y jouer les Robinson Crusoé ou les Adam et Eve avec sa partenaire des Révoltés du Bounty devenue son épouse.

Une quarantaine de villas sur pilotis, une piste d’aterrissage, une usine de désalinisation

Inévitablement baptisé The Brando, le nouvel Intercontinental est construit par le groupe Pacific Beachcomber, également connu pour l’Intercontinental de Bora Bora, où l’on a expérimenté la climatisation à l’eau de mer. Il comprendra sur un seul motu (Onetahi), une quarantaine de villas de plus de 100 M2. Elles seront installées sur pilotis, cachées dans la végétation, chacune avec autour un espace d’un demi hectare et situées à quelques dizaines de mètres du lagon. Le resort aura également une nouvelle piste d’atterrissage d’environ 800 m de long et bordées de plusieurs milliers de panneaux solaires, un circuit climatisant à l’eau de mer froide (5 – 6 °C) puisée à près de 1000 m de profondeur, une station de désalinisation de l’eau de mer, une zone de vie pour les employés (là où l’on trouvait les quelques cabanes spartiates de l’ancien « hôtel » de Marlon Brando, sans eau potable, électricité, recyclage des déchets…), un quai de débarquement, des bâtiments techniques. Sans compter bien sûr les inévitables restaurants, piscines, spa, centre de conférence, jardins pour les cuisines… Des sociétés métropolitaines font partie des intervenants : Géocéan de Marseille (pour des interventions maritimes), Énergie-Relais de Gellainville dans l’Eure-et-Loir (pour les générateurs à l’huile de coprah)…

Tout le reste de l’atoll est strictement protégé

Alors que l’on a par exemple déplacé un marae (plateforme en pierre volcanique ou en corail ou se déroulaient les cultes polynésiens), le constructeur est formel : les conditions de protection de l’environnement les plus strictes ont été respectées, avec même des replantations de végétations originelles. Et pas d’éclairage sur les plages pour ne pas gêner les pontes de tortues !Et si ce complexe a déjà fait scandale en 2009 avec ses tractopelles arpentant le récif, le constructeur a assuré que tout a été fait pour « minimiser » l’impact des travaux. Ce sera même le seul hôtel de ce type sur l’atoll. En effet, tout le reste est strictement protégé (type réserve naturelle) hormis pour les pêcheurs qui alimenteront les restaurants du Brando... Les millionnaires naufragés pourront séjourner tranquilles.

Des révoltés du Bounty à Apocalypse now

Reste que pour être vraiment « neutre », il conviendra que le bilan carbone du Brando prenne en compte, outre l’impact de la construction, la totalité des déplacements (en avion) des futurs vacanciers depuis leur lieu d’habitation… Même si les villas seront surélevées pour lutter contre cyclones et autres tsunamis, il devra également vivre avec les effets croissants du changement climatique : phénomènes climatiques extrêmes, hausse du niveau de la mer, continuité territoriale… Sans oublier la crise du tourisme dont on parle en Polynésie. Enfin, même avec les prouesses techniques utiles à une hôtellerie plus sobre, cet établissement se heurte à la question centrale : pour être vraiment crédible, le développement soutenable a-t-il besoin de villes « durables » en plein désert ou de nouvelles structures hôtelières « vertes » sur les quelques sites encore peu ou prou préservés de notre empreinte touristique ? Marlon Brando c’est les Révoltés du Bounty, mais c’est aussi Apocalypse now…



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